Communication en soins palliatifs : comment trouver les mots qui soignent ?

Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Communication en soins palliatifs : comment trouver les mots qui soignent ?
28/01/2026
Communication en soins palliatifs : comment trouver les mots qui soignent ?
Découvrez les techniques de communication en soins palliatifs. Écoute active, gestion du silence et adaptation aux familles

Saviez-vous qu'entre 10 000 et 20 000 patients nécessitent des soins palliatifs en Belgique selon le Centre Fédéral d'Expertise des Soins de Santé ? Face à cette réalité, la communication devient un véritable défi pour les soignants et les familles, car les mots mal choisis peuvent créer des souffrances supplémentaires là où ils devraient apaiser. Chez BHG Care à Woluwe-Saint-Pierre, notre équipe d'infirmiers spécialisés comprend l'importance cruciale de chaque échange avec les patients en fin de vie. Fort de notre expertise depuis 2017 dans l'accompagnement palliatif à domicile, nous vous proposons un guide pratique pour développer vos compétences en communication thérapeutique.

  • Bannir absolument les "never-words" comme « rien », « échec » ou « combattre » et privilégier des formulations soutenantes telles que « Je suis là pour vous soutenir » (au lieu de « Tout ira bien »)
  • Appliquer la technique du miroir émotionnel en reformulant les pensées et en reflétant les émotions observées, suivie d'une affirmation explicite de reconnaissance
  • Respecter un silence thérapeutique d'au minimum 40 secondes après une information importante, en utilisant la technique « Take your time, I'm not going anywhere »
  • Adapter systématiquement la communication aux troubles spécifiques : utiliser des pictogrammes MediPicto (disponibles en 16 langues) pour les troubles intellectuels ou observer les battements de cils pour décoder les messages non-verbaux

Les fondamentaux de l'écoute active en soins palliatifs

L'écoute active, développée par Carl Rogers, constitue la pierre angulaire de toute communication réussie en soins palliatifs. Cette approche repose sur cinq principes essentiels que tout soignant doit maîtriser. D'abord, accueillez votre patient sans aucun jugement, en vous concentrant sur ce qu'il vit plutôt que sur les faits médicaux. Cette nuance fait toute la différence : au lieu de dire "Votre tension est à 14/9", privilégiez "Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?".

Montrez un respect authentique sans empiéter sur l'espace personnel du patient. Soyez un miroir émotionnel en reflétant ses sentiments : "Je sens que vous êtes inquiet" plutôt que d'interpréter ou de minimiser. La technique du "ask-tell-ask" s'avère particulièrement efficace : posez une question, transmettez l'information nécessaire avec une pause intentionnelle de plusieurs secondes avant de répondre lorsqu'un patient partage une information vulnérable, puis vérifiez la compréhension en posant une nouvelle question. Cette curiosité empathique s'exprime par des phrases comme « J'aimerais en savoir plus sur... » ou « Parlez-moi davantage de la tristesse que vous ressentez ».

La reformulation systématique permet de valider votre compréhension mutuelle. Commencez vos phrases par "Si je comprends bien..." ou "Vous me dites que...". Cette pratique simple évite les malentendus et montre au patient que vous êtes pleinement présent. La communication non-verbale joue également un rôle crucial : adoptez une posture d'écoute avec les bras ouverts (jamais croisés), penchez-vous légèrement en avant et ralentissez intentionnellement votre expiration lors de rencontres émotionnellement intenses selon le Fast Fact #509.

Maîtriser l'art du silence thérapeutique

Le silence possède deux significations qu'il faut savoir décoder. Le silence-réflexion indique que le patient intègre les informations reçues. Dans ce cas, patientez au minimum 40 secondes selon les recommandations internationales - ce temps permet au patient de ressentir véritablement votre compassion. Utilisez la technique « Take your time, I'm not going anywhere » pour rappeler explicitement au patient qu'il peut prendre son temps. Le silence-refus, quant à lui, signale une colère ou un besoin d'isolement.

Adoptez une posture physique appropriée durant ces moments : asseyez-vous à la hauteur du patient, maintenez un contact visuel doux sans être insistant, et gardez vos bras ouverts. L'ancrage dans la respiration constitue une technique efficace : concentrez votre attention sur votre propre respiration pendant le silence pour percevoir des données nouvelles comme les expressions faciales ou les gestes souvent négligés. Si le silence se prolonge, verbalisez avec empathie : "Je remarque que vous ne parlez pas beaucoup aujourd'hui. Préférez-vous que je revienne plus tard ?"

À noter : Le toucher thérapeutique approprié (tenir la main, toucher l'épaule) peut renforcer la communication non-verbale, mais il est essentiel de toujours respecter les préférences culturelles du patient. Demandez la permission avant d'établir un contact physique et observez attentivement les réactions pour ajuster votre approche.

Adapter sa communication selon chaque situation

La personnalisation du langage représente un défi majeur en soins palliatifs. Avec les patients, utilisez des phrases simples et directes, en évitant absolument les euphémismes. Les mots "mort" et "décédé" doivent être employés clairement lors des annonces difficiles. Les termes vagues comme "parti" ou "nous a quittés" créent de l'ambiguïté et retardent l'acceptation de la réalité. Il est crucial de bannir les "never-words" identifiés par la Mayo Clinic Proceedings : « rien », « arrêter », « échec », « combattre », « lutter » car ils causent de la détresse et érodent la confiance. Remplacez « Tout ira bien » par « Je suis là pour vous soutenir », ou « Vous allez vaincre cela » par « Vous n'êtes pas seul dans ce parcours ».

Les échanges avec les proches nécessitent une approche différente. La relation triangulaire patient-proche-soignant peut générer des tensions si elle n'est pas équilibrée. Le proche peut passer du statut de « ressource » pour le patient à celui de « personne à prendre en soin », nécessitant d'identifier leur besoin d'être associés et leurs mécanismes de protection face à l'inquiétude (généralisation, réassurance excessive, évitement, banalisation). Identifiez les besoins spécifiques de chaque membre de la famille : certains recherchent des informations détaillées, d'autres ont besoin d'être rassurés sur leur rôle d'accompagnant.

Face aux troubles de communication fréquents en fin de vie, adaptez votre approche selon leur origine spécifique. Les symptômes physiques comme l'essoufflement ou la bouche sèche rendent la parole difficile. Proposez régulièrement de l'eau gélifiée ou humidifiez la bouche avec un spray d'eau ou une compresse mouillée. Les troubles intellectuels (confusion, difficultés à trouver les mots) demandent l'utilisation de pictogrammes MediPicto, disponibles en 16 langues avec 150 pictogrammes sous-titrés. Pour les troubles psychiques (dépression, angoisse), observez attentivement les expressions faciales, les gestes et même les battements de cils pour décoder les messages, puis reformulez pour confirmer la compréhension.

Exemple pratique : Marie, 78 ans, atteinte d'un cancer en phase terminale, présente des difficultés à s'exprimer dues à une sécheresse buccale sévère. L'infirmière lui propose un spray d'eau mentholée toutes les 30 minutes et place à côté d'elle des pictogrammes MediPicto représentant la douleur, la soif, et le besoin de présence. Lorsque Marie pointe le pictogramme de la douleur avec deux battements de cils rapides, l'infirmière comprend qu'il s'agit d'une douleur intense et ajuste immédiatement le traitement antalgique, tout en verbalisant : « Je vois que vous avez mal, je vais vous soulager rapidement ».

Le protocole SPIKES pour les annonces difficiles

L'annonce d'une évolution défavorable suit idéalement le protocole SPIKES en six étapes. Commencez par préparer l'environnement (Setting) : choisissez un lieu calme, fermez la porte, éteignez votre téléphone. Évaluez ensuite la perception du patient (Perception) en demandant : "Que comprenez-vous de votre situation actuelle ?"

L'invitation (Invitation) consiste à déterminer ce que le patient souhaite savoir : "Souhaitez-vous connaître les détails de votre état ?" Respectez son droit de ne pas tout savoir. Transmettez ensuite les connaissances (Knowledge) progressivement, en utilisant des repères chronologiques clairs.

L'empathie (Empathy) représente l'étape cruciale : accueillez les émotions sans jugement. Utilisez des phrases comme "Je comprends que c'est difficile" plutôt que "Je sais ce que vous ressentez". Enfin, élaborez une stratégie (Strategy) pour la suite : fixez le prochain rendez-vous, assurez-vous que le patient ne reste pas seul, proposez des ressources de soutien.

Pour les annonces téléphoniques d'un décès, des précautions supplémentaires s'imposent : assurez-vous que la personne est dans un lieu approprié et qu'elle n'est pas en train de conduire, vérifiez qu'elle n'est pas seule, parlez lentement et répétez l'information car l'endeuillé peut être en état de choc. Prévoyez un minimum de 20 minutes pour l'entretien et proposez systématiquement un accompagnement immédiat.

Gérer les situations complexes tout en préservant son équilibre

Les situations difficiles font partie intégrante des soins palliatifs. Face au déni, acceptez-le sans confrontation immédiate. Proposez simplement : "Si vous souhaitez en reparler plus tard, je serai toujours à votre écoute." La colère nécessite une approche différente selon la technique du miroir émotionnel du Fast Fact #29 : reformulez les pensées (« Vous avez du mal à décider entre l'hospice et la chimiothérapie »), reflétez les émotions (« Vous vous sentez découragé et dépassé »), décrivez les comportements observés (« Je vois que vous pleurez »), puis utilisez l'affirmation explicite (« Merci d'avoir partagé vos sentiments avec moi »).

Les conflits familiaux demandent souvent l'organisation d'une réunion formelle. En Belgique, le cadre légal concernant l'euthanasie génère parfois des tensions. Distinguez clairement l'euthanasie (geste actif) de l'arrêt des traitements vitaux, et informez sur les conditions strictes de la loi du 28 mai 2002. La détresse spirituelle ou existentielle nécessite une prise en charge spécifique : reconnaissez que ces questions dépassent le cadre médical, proposez l'intervention d'un psychologue ou d'un accompagnant spirituel selon les convictions du patient, et respectez explicitement le droit de ne pas vouloir d'accompagnement religieux.

Conseil : Dans le contexte des soins palliatifs à domicile, respectez l'intimité du lieu de vie en adaptant les horaires aux rythmes familiaux. Créez des moments privilégiés pour les échanges confidentiels loin des autres membres de la famille et coordonnez-vous avec les différents intervenants (médecin traitant, infirmiers libéraux, EMSP) via des outils de transmission accessibles à tous pour garantir une communication cohérente.

La protection émotionnelle du soignant reste essentielle pour maintenir une communication de qualité. Le travail émotionnel exige de réguler ses propres émotions tout en affichant empathie et calme. Les outils incluent :

  • La supervision clinique avec des pairs ou psychologues
  • Les groupes de parole institutionnalisés
  • La formation continue proposée par la Fédération Wallonne des Soins Palliatifs
  • La pratique de la méditation en pleine conscience
  • Le débriefing systématique après les situations difficiles

La coordination avec les équipes mobiles de soins palliatifs (EMSP) offre un soutien technique et psychologique précieux, particulièrement dans le contexte des soins à domicile où l'isolement professionnel peut peser.

La communication en soins palliatifs représente bien plus qu'un simple échange d'informations - elle constitue un véritable soin en soi. Les mots justes apaisent, réconfortent et accompagnent les patients et leurs proches dans ces moments difficiles. Chez BHG Care, notre équipe d'infirmiers conventionnés INAMI met cette expertise au service des familles de Woluwe-Saint-Pierre et ses environs. Spécialisés dans l'accompagnement palliatif à domicile depuis 2017, nous privilégions une approche humaine et globale, où la communication bienveillante occupe une place centrale. Si vous recherchez un accompagnement respectueux et professionnel pour vous-même ou un proche, n'hésitez pas à nous contacter pour découvrir comment nous pouvons vous soutenir dans ce parcours.