Jeune aidant : comment concilier études et aide familiale entre 16 et 25 ans ?

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04/03/2026
Jeune aidant : comment concilier études et aide familiale entre 16 et 25 ans ?
Découvrez comment les jeunes aidants peuvent concilier études et aide familiale. Solutions concrètes, aménagements et soutien adapté

Saviez-vous que 14% des jeunes bruxellois sont jeunes aidants proches, soit 2 à 3 élèves par classe ? Derrière ces chiffres se cache une réalité méconnue : des milliers d'étudiants qui jonglent quotidiennement entre leurs cours et l'aide apportée à un parent malade, un frère handicapé ou un proche dépendant. Cette double vie, souvent invisible puisque 50% d'entre eux n'en parlent à personne, représente un défi majeur pour leur réussite scolaire et leur épanouissement personnel. À Woluwe-Saint-Pierre, BHG Care accompagne depuis 2017 de nombreuses familles concernées par cette problématique et constate l'importance cruciale d'identifier et de soutenir ces jeunes. Comment ces étudiants parviennent-ils à mener de front leurs études tout en assumant des responsabilités d'adulte ?

  • Les jeunes aidants ont un risque deux fois plus élevé de redoubler et consacrent minimum 50 heures mensuelles à leur proche (soit 600 heures annuelles)
  • Le statut d'étudiant à besoins spécifiques (EBS) permet des aménagements concrets : allègement d'année, sessions d'examens adaptées et tolérances pour les absences (demandes avant le 15 octobre ou 1er mars selon les universités)
  • Une permanence téléphonique 24h/24 est accessible au 02/474.02.33, complétée par l'équipe mobile EMPSA joignable au 02/474.02.35
  • Maximum 3 aidants proches peuvent être reconnus officiellement par la mutuelle pour une même personne aidée, avec renouvellement annuel obligatoire

L'impact méconnu sur la scolarité des jeunes aidants

Les conséquences de l'aidance sur le parcours scolaire sont particulièrement préoccupantes. Les statistiques révèlent que les jeunes aidants ont un risque deux fois plus élevé de redoubler par rapport aux autres élèves. Cette réalité s'explique par une charge d'aide considérable : au minimum 50 heures par mois ou 600 heures par an consacrées à leur proche. Dans la Province de Liège, les chiffres sont encore plus marquants : 19,3% des jeunes de 11-22 ans se reconnaissent jeunes aidants proches, avec une surreprésentation de filles (61%), et plus de la moitié présentent un score MACA supérieur ou égal à 14, indiquant une quantité élevée de soins apportés.

Les difficultés se manifestent de multiples façons au quotidien. La concentration en classe devient un défi constant quand l'esprit est préoccupé par l'état de santé du parent resté à la maison. Les devoirs s'accumulent faute de temps et d'espace calme pour étudier. La fatigue chronique s'installe, résultat de nuits écourtées pour veiller sur un proche ou gérer une crise.

Plus révélateur encore, ces jeunes se retrouvent surreprésentés dans les filières techniques et professionnelles, non par choix mais par nécessité de concilier horaires allégés et responsabilités familiales. Leur qualité de vie globale s'en trouve réduite de 21% par rapport à leurs pairs, tant sur le plan psychologique que physique.

Des défis quotidiens qui passent souvent inaperçus

Le quotidien d'un jeune aidant commence souvent avant même d'arriver à l'école. Imaginez devoir faire la toilette et habiller votre parent avant de partir en cours, puis arriver systématiquement en retard sans pouvoir expliquer la vraie raison. Cette routine matinale épuisante se répète jour après jour, créant un stress permanent.

L'absentéisme devient parfois inévitable lors des hospitalisations du proche ou des rendez-vous médicaux importants. Pourtant, en 3ème, 4ème, 5ème ou 6ème secondaire, un élève risque de ne plus pouvoir être délibéré par le Conseil de classe en cas d'absences excessives, compromettant ainsi l'obtention de son diplôme.

Exemple concret : Sarah, 17 ans, élève en 5ème secondaire à Woluwe, s'occupe de sa mère atteinte de sclérose en plaques. Chaque matin, elle se lève à 5h30 pour préparer les médicaments, aider sa mère à se lever et s'habiller, puis préparer le petit-déjeuner adapté. Elle arrive régulièrement en retard au premier cours de 8h. Ses professeurs, non informés de sa situation, lui ont déjà attribué plusieurs heures de retenue. Avec 23 demi-jours d'absence depuis septembre pour accompagner sa mère aux rendez-vous neurologiques à l'hôpital Saint-Luc, elle risque de perdre sa qualité d'élève régulier si elle dépasse les 30 demi-jours autorisés.

Des solutions concrètes pour concilier études et rôle d'aidant

Face à ces défis, des avancées significatives ont vu le jour ces dernières années. L'ULB et l'UMONS reconnaissent désormais le statut d'étudiant à besoins spécifiques (EBS) pour les étudiants aidants proches (la demande doit être déposée au plus tard le 15 octobre pour le premier quadrimestre ou le 1er mars pour le second quadrimestre à l'ULB, avec dérogation possible jusqu'au 1er mars à l'UMONS sur motivation). Cette reconnaissance officielle ouvre droit à des aménagements substantiels : allègement d'année, sessions d'examens adaptées, tolérances pour les absences aux cours obligatoires. La Haute École Louvain en Hainaut (HELHa) va plus loin en reconnaissant le statut AMO (Ayant Moins d'Opportunités) pour les étudiants aidants proches dans le cadre du programme Erasmus+, permettant des formats de mobilité et soutiens financiers spécifiques.

Pour bénéficier de ce statut, la première étape consiste à obtenir la reconnaissance d'aidant proche auprès de sa mutuelle. Cette démarche, gratuite, nécessite de remplir une déclaration sur l'honneur (chaque mutuelle dispose de son propre modèle) et de démontrer qu'on consacre au moins 50 heures mensuelles à l'aide. Une fois cette reconnaissance obtenue, elle doit être renouvelée annuellement. Il est important de noter que maximum 3 aidants proches peuvent obtenir la reconnaissance pour les droits sociaux pour une même personne aidée.

À noter : Pour les jeunes aidants proches salariés, il existe également un congé spécifique permettant une interruption complète des prestations pendant 3 mois ou une interruption partielle à mi-temps pendant 6 mois, avec allocations d'interruption de l'ONEM. Cette mesure nécessite la reconnaissance préalable par la mutuelle et un avertissement écrit à l'employeur 7 jours à l'avance.

Aménagements pédagogiques : une adaptation nécessaire

Les établissements d'enseignement qui reconnaissent ce statut proposent des aménagements concrets. Les horaires peuvent être adaptés pour les travaux pratiques, les cours et les examens. Des délais supplémentaires sont accordés pour la remise des travaux. Les professeurs sensibilisés tolèrent les retards et proposent des travaux de remplacement en cas d'absence justifiée.

Dans l'enseignement secondaire, depuis le décret de 2017, tout élève présentant des besoins spécifiques peut bénéficier d'aménagements raisonnables. Certaines écoles développent des projets de tutorat entre élèves, garantissent la mise à disposition des notes de cours et font preuve de compréhension face aux difficultés de concentration.

  • Report d'évaluations ou de travaux personnels selon les circonstances familiales
  • Aménagement des stages et des périodes de mobilité étudiante
  • Dispenses partielles de présence pour certaines activités d'apprentissage
  • Possibilité de sessions d'examens étalées ou reportées
  • Accès prioritaire aux espaces d'étude calmes sur le campus

Un accompagnement psychologique et financier indispensable

Au-delà des aménagements scolaires, l'ASBL Jeunes & Aidants Proches propose une permanence téléphonique 24h/24 et 7j/7 au 02/474.02.33. Cette ligne d'écoute représente souvent le premier contact pour des jeunes qui n'ont jamais osé parler de leur situation. La Maison des Jeunes Aidants Proches, située Boulevard de Smet de Naeyer à Bruxelles, offre un espace de répit où faire ses devoirs, participer à des ateliers créatifs ou simplement souffler.

L'Équipe Mobile Prévention Soutien Aidance (EMPSA) intervient gratuitement à domicile pour accompagner les familles lors de l'apparition ou l'aggravation d'une situation de dépendance (contacts disponibles 24h/24 au 02/474.02.35 ou 0490 44 93 81, par email equipemobile@jeunesaidantsproches.be, avec intervention possible dès l'hospitalisation de la personne aidée). Cette équipe pluridisciplinaire, composée d'une psychologue, d'une assistante sociale et d'un infirmier, propose un soutien technique et émotionnel adapté.

Sur le plan financier, plusieurs aides existent. Les allocations d'études de la Fédération Wallonie-Bruxelles peuvent atteindre 6.000 euros selon la situation familiale (la demande doit être introduite entre le 8 juillet 2025 et le 31 octobre 2025, avec 2 types d'allocation - variable et forfaitaire - dont le demandeur bénéficiera de la plus favorable). Les mutuelles comme Partenamut proposent une participation de 20 euros par séance de coaching psychologique, jusqu'à 5 séances par an. Les allocations familiales peuvent être majorées pour les enfants en situation de handicap, avec des suppléments allant jusqu'à 535,89 euros mensuels.

Conseil pratique : La Plateforme Jeunes & Aidants Proches réunit 3 à 4 fois par an les professionnels des écoles, institutions, centres hospitaliers, mutuelles et associations. Cette coordination permet d'établir des partenariats concrets et d'orienter efficacement les familles. N'hésitez pas à demander à votre école si elle participe à cette plateforme pour bénéficier d'un accompagnement coordonné.

Transformer l'expérience d'aidant en atout pour l'avenir

Si le parcours de jeune aidant représente indéniablement des défis, il développe aussi des compétences recherchées sur le marché du travail. La gestion du temps, l'organisation, la résilience, l'empathie et la capacité d'adaptation sont autant de "soft skills" valorisées par les employeurs. Ces jeunes développent une maturité accrue, des relations privilégiées et moins conflictuelles avec le proche aidé, ainsi qu'un sentiment de fierté et d'utilité. Cette capacité de résilience se révèle supérieure lorsque le jeune est valorisé et que l'aide n'est pas trop contraignante.

Les services de Transition École-Vie Active (TEVA) accompagnent les jeunes dans l'élaboration de leur projet professionnel (conditions d'accès : avoir entre 14 et 25 ans ET avoir fréquenté l'enseignement spécialisé de forme 1 ou 2, OU être bénéficiaire d'allocations familiales supplémentaires en raison du handicap, OU posséder une décision de l'AVIQ). Ces compétences acquises dans l'aidance ouvrent naturellement des perspectives dans les métiers du soin, du social et de l'accompagnement. Certains pays comme la France envisagent même la Validation des Acquis de l'Expérience (VAE) pour les aidants, reconnaissant officiellement la valeur de cette expérience.

La capacité à coordonner différents intervenants, à prendre des décisions difficiles et à faire preuve d'intelligence émotionnelle constituent des compétences transversales précieuses. Les jeunes aidants qui parviennent à concilier études et aide familiale développent une résilience exceptionnelle face aux défis de la vie.

Face à la complexité de concilier études et rôle de jeune aidant, l'accompagnement professionnel devient essentiel pour préserver l'équilibre familial et la réussite scolaire. BHG Care, service d'infirmiers à domicile implanté à Woluwe-Saint-Pierre depuis 2017, comprend ces enjeux et propose un soutien adapté aux familles concernées. Spécialisée dans les soins palliatifs et l'accompagnement à domicile, notre équipe d'infirmiers conventionnés INAMI intervient pour alléger la charge des jeunes aidants : soins d'hygiène, gestion des traitements, prises de sang et surveillance médicale. En prenant en charge une partie des soins techniques, nous permettons aux jeunes de se concentrer sur leurs études tout en maintenant le lien affectif avec leur proche, sans porter seuls le poids des responsabilités médicales.